8. P. VERHUYCK, “De la sottie à Villon: comment ferrer une oie. Pour le commen­taire des vers 1820-1827 du Testament”, dans Villon at Oxford. The Drama of the Text (réd. M. Freeman & J.H.M. Taylor), Amster­dam, Rodopi, 1999, pp. 343-379. [= Actes du 2e Colloque international sur Villon, Oxford, St Hilda’s College, 22-25 mars 1996].

Qui est le sénéchal camus du huitain 170 qui ferre des oies? Les tentatives d’identification de Schwob et de Longnon nous laissent sur notre faim. Il y a pourtant un maréchal qui ferre les oies: dans la Sottie des Sots qui corrigent le Magnificat, représentée en 1455, Dando, maréchal, est charivarisé avec son compagnon maistre Aliborum, “corrigeur de Magnificat”, par trois jeunes sots. L’étude de cette sottie révèle que Dando et Aliborum jouent (métaphoriquement) à des jeux homosexuels et scatologiques. Cette sottie est le seul texte avant Villon à associer les oyes aux canetons, tout comme Villon associe les oyes aux canectes.

Or le huitain 170 se trouve dans une série de sept huitains (166-172), dont les légataires sont entièrement isolés des autres hoirs du Testament. Pour 4 de ces 7 légataires l’accusation d’homosexualité est reconnue presque unanimement par les villoniens (Pierre Lomer, Jacques James, Jean du Harley, les amants infirmes); pour Jacquet Cardon et Jean Chapelain, ce n’est pas certain. Mais on peut désormais y ajouter le sénéchal camus. On obtient ainsi 5 cas homosexuels sur 7! Si la suite des 7 huitains est homogène, leur place marginalisée dans le Testament correspond à celle des sodomites dans le plus bas inferno de Dante, in tenebras exteriores.

Il est fort possible que Villon ait assisté à une représentation de la sottie du Magnificat.





 

9. Paul Verhuyck, "Villon et l'Orfèvre de Bois. Pour le commentaire du huitain CXI du Testament", in "Contez me tout", Mélanges de langue et de littérature médiévales offerts à Herman Braet, Leuven/Louvain: éd. Peeters, 2006, pp. 393-406.

Le huitain CXI sur l'Orfèvre de Bois, Jehan Mahé, l'aide-bourreau au Châtelet, est une des strophes les plus sadiques et obscènes du Testament de Villon. Si le sens général en est manifeste, les détails résistaient à l'analyse. La recherche du sens littéral permet d'expliquer la pointe finale du huitain: Villon souhaite joindre andoulles/couëctes du bourreau aux jambons/cuz de ce même bourreau, excité par le gingembre aphrodisiaque. Ainsi la malédiction vise à torturer le tortionnaire: contrainte physique + excitation sexuelle = souffrances suraiguës.




villongalg