5. P. VERHUYCK, “Villon et les neiges d’antan”, dans Villon hier et aujourd’hui. Actes du Colloque pour le cinq-centième anniversaire de l’impression du Testament de Villon, Bibliothèque historique de la Ville de Paris, 15-17 décembre 1989. Réunis et publiés par Jean Dérens, Jean Dufournet et Michael Freeman, Paris: Bibli­othèque historique de la Ville de Paris, 1993, pp. 177-189.

Me concentrant sur le sens premier, littéral de la Ballade des Dames du temps jadis, j’ai étudié la tradition des fêtes de neiges. Ces sculptures de neiges, accompagnées de poèmes moralisateurs sur le passage du gel au dégel, constituent une tradition séculaire en Europe et sont amplement attestées avant, pendant et après la vie de Villon. Villon a vécu dans une tradition de fêtes hivernales. Il a dû voir ces statues éphémères: Flora, Thaïs, les sirènes, Jeanne d’Arc, des personnages de chansons de geste sont attestées comme figures de neiges à l’époque de Villon. Leur dégel suggère la mort. Cela donne à la Ballade des neiges d’antan une scénographie spatiale, optique, dramatique dans l’espace urbain. Il faut donc enrichir la Ballade d’un sens nouveau: le sens littéral, les neiges au pluriel!

Si tel est le cas, l’histoire du climat peut nous aider à dater la Ballade (dont la datation ne faisait pas l’unanimité). Quel fut l’hiver suffisamment froid pour permettre l’organisation d’un concours de sculptures glacées? C’est l’hiver 1457-1458 (n.st.) qui s’impose de toute évidence. Si l’on prend dès lors le mot antan (“ante annum”) au sens concret qu’il avait encore au XVe siècle, il faut conclure que Villon a composé la Ballade en 1458 (1458-1459 n.st.): une nouvelle date dans la chronologie villonienne.

En cliquant le lien, on trouvera le texte intégral de 1989-1993, très légèrement corrigé en 2004.






 

6. P. VERHUYCK,“Villon Locataire. A propos des huitains T XCV-XCVI”, dans `Et c'est la fin pour quoy sommes ensemble'. Mélanges offerts à Jean Dufournet, 3 volumes, Paris, Champion-Slatkine, 1993, vol. 3, pp. 1435-1443 [Comité d'organisation J.C. Aubailly, E. Baumgart­ner, F. Dubost, L. Dulac, M. Faure].

Nouvelle tentative d’expliquer les huitains T XCV-XCVI, sans doute les plus difficiles du Testament. Il pourrait s’agir d’une évasion. L’apport certain de cet article est en tout cas la lecture “loue” au vers 1004 comme forme du verbe louer<locare et non de louer<laudare, comme toute la critique villonienne l’a fait. En effet, la lecture louer<laudare obligeait les villoniens à voir dans le vers 1005 une “ellipse pure”, tout à fait suspendue en l’air, une anacoluthe grossière, une construction elliptique absolument unique et invraisemblable dans l’oeuvre de Villon. Grâce à la lecture louer<locare (sens amplement attesté en français médiéval), les vers 1004-1005 s’enchaînent parfaitement.

7. P. VERHUYCK, “L'oral et le livresque dans les Repues franches”, Neophilologus 80 (1996) pp. 359-375.

Dans cet article j’essaie de montrer que le prologueur Chascun Poicdenare est l’auteur du Recueil des Repues franches; malheureusement c’est de toute évidence un nom farcesque (cf. la tradition farcesque de Plate-Bourse) cachant la véritable identité de l’auteur: sans doute un proche de Villon, libraire, acteur, auteur. L’analyse textuelle suggère un jeu entre l’oral et l’écrit, entre la fiction du livre et le fiction dramatique. Le public premier du Recueil (encore oral?) se situe dans la marginalité basochienne à Paris.

Poicdenare dit (vv. 239-243) que son recueil sera un choix: il y avait donc déjà des histoires circulant au sujet de Villon comme pique-assiette.